Le débordement de la crise sécuritaire dans le Sahel a entraîné le déplacement de milliers de personnes vers le nord du Togo. Aujourd’hui, le pays accueille plus de 48 000 demandeurs d’asile et réfugiés, intégrés au sein des communautés hôtes dans le cadre d’une politique nationale dite « hors-camp ».
Dans la région des Savanes, cette solidarité se vit au quotidien, mais elle met aussi les ressources locales à rude épreuve. À Sagbiebou, canton de la préfecture de l’Oti-Sud situé à près de 500 kilomètres de Lomé, environ un millier de réfugiés et demandeurs d’asile vivent au cœur des villages, partageant les terres, l’eau et les services avec des communautés déjà vulnérables.
Quand l’eau devient un enjeu de paix
À Sangol, village de Sagbiebou, l’eau est la ressource la plus disputée. Utilisée à la fois pour la boisson, l’abreuvement du bétail et les cultures, elle est devenue rare dans ce paysage semi-aride. Cette pression accentue les tensions et fragilise la cohésion sociale entre hôtes et nouveaux arrivants.
Face à ces défis, le Gouvernement togolais a déployé le Programme d’Urgence de Renforcement de la Résilience et de la Sécurité des Communautés (PURS), un mécanisme national qui agit à la fois sur les causes des vulnérabilités et sur les facteurs de conflits.
Le travail comme moteur de résilience
À Sangol, la Coordination générale du PURS, en partenariat avec le Bureau International du Travail (BIT/OIT), a lancé un projet fondé sur l’approche Haute Intensité de Main-d’Œuvre (HIMO).
Cette initiative repose sur une idée simple : construire avec les communautés, tout en créant des emplois immédiats.
Le projet prévoit la réalisation d’un forage photovoltaïque couplé à un système d’irrigation pour les cultures, en mobilisant prioritairement le capital humain local.
Chaque jour, 135 personnes travaillent sur le chantier, dont près de la moitié sont des réfugiés ou des déplacés internes. Ces activités rémunérées permettent aux ménages de répondre à leurs besoins essentiels tout en préparant l’avenir.
Des compétences pour une vie meilleure
Sur les chantiers, les travailleurs, accompagnés par des entreprises locales formées aux techniques HIMO, acquièrent des compétences pratiques : maçonnerie, menuiserie, production de briques stabilisées, réparation de robinets, pépinières.
Pour Awa, qui n’avait jamais travaillé sur un chantier, c’est une révélation :
« Aujourd’hui, je sais construire, réparer et gagner ma vie. Je me sens utile pour ma communauté. »
En parallèle, les bénéficiaires suivent des formations en gestion des conflits, entrepreneuriat, santé et sécurité au travail, renforçant leur autonomie et leur capacité à vivre ensemble.
Des infrastructures au service de tous
Au-delà de l’emploi, les ouvrages réalisés transforment durablement le village. À Sangol, une garderie communautaire construite dans le cadre du projet sert aussi de salle de réunion, devenant un véritable espace de vie collective.
Ces réalisations sont appropriées par les populations, car elles sont conçues et construites par elles-mêmes.
Une vision nationale
À travers le PURS, la Coordination générale pilote aujourd’hui des interventions qui touchent près de 25 % de la population togolaise, y compris les personnes déplacées de force.
Son ambition est claire : répliquer l’approche HIMO dans d’autres localités, pour faire du travail, de l’eau et des infrastructures communautaires des leviers de paix, d’autonomisation et de cohésion sociale.
À Sangol, une certitude s’impose : lorsque les communautés travaillent ensemble, elles construisent bien plus que des ouvrages — elles bâtissent leur avenir.